Cadeau de Pâques 2026 - Samedi Saint et Dimanche de Pâques

Toute l’équipe de l’Année Chrétienne est heureuse de vous offrir ce cadeau pascal pour vous aider à entrer dans le mystère de la Résurrection afin que nous osions dire, avec les disciples qui ont vu Jésus Ressuscité : Christ est vivant, alléluia !

Samedi saint : Jésus descend aux enfers

     Dans le symbole des Apôtres, il est dit de Jésus qu’il est descendu aux enfers. Ces mots n’ont plus beaucoup de sens pour nous aujourd’hui, et de ce fait le mystère qu’ils sous-tendent peut fort bien être oblitéré. Ce serait passer à côté de quelque chose d’essentiel à la foi chrétienne.

     Les enfers, ou régions inférieures, symbolisent tout ce qui est trop profond pour que l’homme puisse l’explorer, tout ce qui est irrémédiablement obscur. C’est le domaine mystérieux des morts perdus dans la nuit des temps, mais c’est aussi l’abîme insondable des origines de l’humanité, les profondeurs où plongent ses racines. C’est encore la nuit mauvaise, les ténèbres du mal. C’est en ce sens que l’existence de tous les hommes, l’existence de chacun de nous, s’enracine dans les enfers, et que nous avons à y descendre nous aussi avec le Christ.

     Descendre dans nos enfers, ce sera donc remonter dans notre passé, pour évangéliser les couches profondes qui, en nous, ne sont pas encore évangélisées. « Il existe des âmes qui ressemblent à l'église Saint Clément de Rome. La super structure est chrétienne, lumineuse, belle. Mais dans les fondations, il y a un autel consacré aux idoles avec un conduit pour laisser le sang s’écouler » (Julien Green). Et c’est dans ces profondeurs que Jésus descend avec chacun de nous…

     En ce qui concerne l’humanité, la descente aux enfers est l'expression du caractère cosmique de la résurrection du Christ, de sa valeur universelle, pour tous les temps et pour tous les lieux, même les plus reculés, même les plus lointains, et donc les plus inconnus et les plus inexplorés pour l’homme. Car la résurrection du Christ n’est pas seulement cause du salut pour ceux qui vivront après lui, mais elle l’est aussi pour tous ceux qui ont vécu avant lui, et c’est cela le sens profond de la descente aux enfers.

     Dans le Credo la mention de la résurrection de Jésus suit immédiatement sa descente aux enfers, comme si les deux évènements étaient intimement liés.

     Certes, ils le sont, mais en ordre inversé.

     Le Christ ressuscité est descendu aux enfers (et non avant) pour y trouver tous ceux qui l’ont précédé. Mais sa présence et son salut sont infiniment plus vastes : il n’y a pas un endroit où Jésus ne soit avec sa force de Résurrection. Il n’existe aucun abîme, si profond qu’il nous paraisse, qui ne soit ouvert à la présence du Christ ressuscité et descendu aux enfers. Non seulement le Christ ressuscité atteint le plus profond du cœur de l’homme (les profondeurs du passé), mais aussi toutes les générations passées jusqu’aux origines.

     Et cette résurrection du Christ transforme chaque personne, et l’humanité toute entière, à sa source. Aussi peut-on dire que le Christ ressuscité est présent dès sa création, parce que sa résurrection a un effet « rétro-actif » (Voici que je fais toutes choses nouvelles Ap 21, 5).

     À certains niveaux de notre être, gisent des profondeurs troubles et inquiétantes du mal. Parfois notre inconscient ressemble à un nœud de vipères. Et le Christ descend là, sa lumière y pénètre pour tout recréer, pour tout renouveler radicalement. Il n’y a pas un point dans l’humanité où le Christ ne serait pas. Il n’y a pas d’homme dont on puisse dire qu’il est totalement et définitivement perdu, si enlisé soit-il dans le crime et la mort. Dans la pire détresse, la plus grande horreur, l’homme peut encore rencontrer la présence du Christ qui est descendu dans ces enfers-là aussi. Jésus n’a pas peur de notre boue, il est descendu au plus creux, au plus bas. Le mal et le péché ne sont pas des limites pour Dieu. Notre jugement sur l’homme est donc transfiguré par la lumière de ce mystère.

     « Là où vous descendez, je suis » : tout l’effort démesuré de l’homme pour pénétrer dans ses profondeurs est éclairé par le mystère du Christ ressuscité et descendu aux enfers. Le Christ illumine cet effort, lui donne un sens.

     Si cette descente dans les profondeurs est orientée par l’amour, le Christ semble nous dire : « Vous m’y retrouverez, j’y suis. Je vous ai précédés au plus creux de l’homme. Ne soyez pas tristes et désolés de ce que vous y découvrez. Ne soyez pas angoissés, apeurés, je suis là… »

     Ayons confiance dans la force de vie du Ressuscité qui nous assure : Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.

Descente aux enfers Andreï Roublev

Dimanche de Pâques : Jésus est ressuscité d’entre les morts

Résurrection, Raphaël

     Les derniers mots du Credo nous parlent des réalités dernières, qui échappent aux prises de l’intelligence humaine et de nos sens. L’article Je crois en la résurrection de la chair peut surprendre, puisque l’expérience de la dégradation des corps semble le contredire. Pourtant, le christianisme est la religion de l’Incarnation.

     En hébreu le mot basar (chair) désigne la totalité de l’être humain, dans toutes ses composantes. Appuyons-nous sur la résurrection de Jésus, même si, sous la forme dont parle l’Évangile, elle ne concerne que lui (et Marie à sa suite pour les chrétiens de confession catholique).

     Depuis la persécution d’Antiochus Épiphane, où meurent des milliers de martyrs (168 avant J.-C.), la plupart des juifs croient en la résurrection de la chair, mais à la fin des temps. D’où la réponse de Marthe à la question de Jésus : Je sais qu’il (son frère Lazare) ressuscitera à la résurrection, au dernier jour (Jn 11, 24). Or, trois jours après sa mort, Jésus ressuscite ! Pour les chrétiens, Jésus est le premier-né d’entre les morts, car il a vaincu la mort de manière absolue et définitive. Par lui et en lui, notre humanité suit ce chemin.

     Mais les évangiles sont peu loquaces sur la manière dont Jésus ressuscite. Ce qui est sûr cependant c’est que ses disciples l’ont vu vivant, même si parfois, comme les pèlerins d’Emmaüs, il leur a fallu un certain temps et l’aide du Christ cheminant avec eux pour que leurs yeux intérieurs s’ouvrent (Lc 24, 13-35). Et ils reconnaissent alors leur maître sous sa forme corporelle, mangeant et buvant avec eux, leur demandant de le toucher devant le légitime effroi qu’ils ressentent (Lc 24, 36-40 ; Jn 21, 1-14). Jésus est bien le même et pourtant il est Autre et leur échappe. Le Ressuscité est donc reconnaissable, mais il est aussi différent. 

    On doit se rendre à l’évidence : Jésus ne parle pas de la manière dont l’homme ressuscite. Et l’on peut se demander pourquoi. Est-ce parce que, à sa suite, le croyant est déjà ressuscité, en ce sens qu’il vit de la vie même du Christ en ce monde et pour l’autre ? Quoiqu’il en soit, si Jésus n’en parle pas, c’est peut-être aussi parce que la Vie est de l’ordre de l’évidence pour le Créateur, et que le passage de la mort n’est qu’une porte ouverte vers la plénitude, la plénitude de la Vie qui concerne l’homme dans sa totalité et dans son unicité.